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Continuons, ensemble, à réduire l’usage des pesticides dans les productions ornementales extérieures

Auteur

Marie-Édith Tousignant, agr.

Publié le

23 novembre 2022

Article publié dans la revue Québec Vert : octobre-novembre 2022

Ces dernières années, des efforts ont été déployés afin de diminuer les risques associés à l’utilisation des pesticides au Québec. Par exemple, la Stratégie phytosanitaire québécoise en agriculture 2011-2021 du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) a donné divers moyens en ce sens à de nombreux producteurs. Ils sont donc orientés de plus en plus vers des méthodes de lutte alternative, ou vers des pesticides aux risques réduits.

Portrait de l’utilisation des pesticides

Malgré tous ces investissements, la moyenne des ventes de pesticides agricoles au Québec est relativement stable depuis les 15 dernières années. Selon le Bilan des ventes de pesticides au Québec – Année 2020 du MELCC, les ventes du secteur de la production végétale agricole en 2020 ont atteint 3,2 millions de kg d’ingrédients actifs (i.a.). Fait intéressant :  9% sont des biopesticides, qui ont connu une hausse des ventes depuis 2011.

Afin d’analyser l’évolution de la consommation, le MELCC compile les ventes de pesticides par matière active, et peut ainsi calculer les indices de risque pour la santé (IRS) et pour l’environnement (IRE) pour l’ensemble des produits vendus chaque année. Il a ainsi été noté en 2021 que les risques pour la santé basés sur les choix de matière active ont baissé de façon importante. Une certaine diminution des risques pour l’environnement a été observée, mais les objectifs n’ont pas été atteints.   

Pour soutenir les démarches agroenvironnementales, le MAPAQ s’est doté d’un programme ambitieux. Le Plan d’agriculture durable (PAD) 2020-2030 du « vise à accélérer l’adoption de pratiques agroenvironnementales ». L’un des objectifs est de « réduire l’usage des pesticides et leurs risques pour la santé et l’environnement. » Parmi les résultats projetés, on veut atteindre une baisse des ventes des pesticides de synthèse de 500 000 kilogrammes au Québec. On souhaite aussi « réduire de 40% les risques pour la santé et l’environnement ». Ce vaste programme est mis à la portée des intervenants de toutes les productions végétales. Dans le cadre du PAD, l’IQDHO et Québec Vert assureront conjointement le mandat de mieux outiller les producteurs du secteur des pépinières ornementales et des arbres de Noël.

Portrait de la Gestion intégrée des ennemis des cultures en Pépinières ornementales (GIEC)

La GIEC est une approche en phytoprotection qui a pour but de diminuer les risques reliés à l’emploi de pesticides tout en maintenant la productivité des cultures.

Les étapes de la GIEC sont les suivantes : 1- Connaissance, 2- Prévention, 3- Suivi des champs ou des serres, 4- Intervention, 5- Évaluation et rétroaction, 6- Gestion des pesticides.

La Stratégie phytosanitaire québécoise (MAPAQ) effectue périodiquement un sondage auprès de producteurs de différentes cultures végétales au Québec, dont les pépinières ornementales. Des indicateurs de la GIEC y sont détaillés pour évaluer le niveau d’adoption des pratiques responsables dans chacun des secteurs agricoles sondés.

Le dernier rapport de sondage 2017 a été dévoilé à la fin de l’année 2020. Les pépinières ornementales y ont obtenu un score moyen de 5,4/10, ce qui se situe au niveau Intermédiaire faible.

Les bons coups

À l’étape 3, Suivi des champs, on obtient un score élevé pour le dépistage des insectes et des maladies. À l’étape 6, Gestion des pesticides, on obtient de bons scores pour l’utilisation d’un équipement de protection individuelle (EPI) et pour le triple rinçage des contenants vides de pesticides.

Les outils et techniques à promouvoir

À l’étape 1, Connaissance, on obtient une moyenne faible pour l’utilisation de l’information en phytoprotection, notamment celle provenant de SagE Pesticides.

À l’étape 2, Prévention, on constate entre autres que très peu d’entreprises utilisaient des plantes indicatrices pour détecter l’arrivée de ravageurs, et que l’utilisation de pièges (collants ou à phéromone) dès la plantation était encore peu répandue.

À l’étape 4, Intervention, on obtient un score faible pour la mise en place de cultures de recouvrement dans les allées ou entre les planches de culture. On obtient aussi une note basse pour l’utilisation d’autres moyens de lutte que les insecticides et les fongicides chimiques.

À l’étape 5, Évaluation et rétroaction, on observe que peu de gens inscrivaient des données de dépistage dans le registre des interventions phytosanitaires.

Ces points saillants de la performance en GIEC des pépinières ornementales représentent des pistes pour les intervenants et aux vulgarisateurs qui sauront transmettre les méthodes d’avenir à appliquer sur le terrain.

Les pesticides : offerts dans un éventail de risques variés

Les différentes matières actives de pesticides comportent des risques de divers degrés, pour la santé, la faune et l’environnement. Par exemple, certains produits ont des effets cancérigènes, des effets neurotoxiques (système nerveux), sont irritants pour la peau, etc. D’autre part, les produits antiparasitaires peuvent aussi avoir des effets néfastes sur les animaux, les pollinisateurs, ou encore persister dans le sol, être facilement lessivables, par exemple.

Des ressources SIMPLES sont disponibles

Sur le site SAgE pesticides, en quelques clics de souris, on peut avoir toute l’information sur les risques des produits homologués sur la culture, contre les ennemis sélectionnés. De plus, son calculateur des indices de risques pour la santé (IRS) et pour l’environnement (IRE) permet de comparer de façon simplifiée les produits entre eux.  Lors du sondage de 2017, l’outil SAgE pesticides était peu utilisé par les producteurs en pépinière ornementale. Depuis 5 ans, plusieurs utilisateurs réguliers se sont ajoutés et ne pourraient plus s’en passer! En 2022, cette plate-forme est plus que jamais adaptée aux recherches pour les productions ornementales en serre et pépinière.  Un choix éclairé est au bout du doigt.

Le réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP) Pépinières ornementales représente aussi une mine d’or d’information gratuite et accessible en ligne. En plus de signaler la présence d’ennemis des cultures de semaine en semaine, le RAP présente des méthodes de lutte responsables dans des fiches techniques sur les ravageurs, les maladies et sur la GIEC. À titre d’exemple, la Fiche technique « Utilisation de cultures intercalaires en pépinière » peut encourager certains producteurs à adopter cette technique, qui enregistrait un score faible lors du sondage de 2017.

Projets et solutions

Une des plus récentes initiatives du secteur des pépinières ornementales et de la production d’arbres de Noël pour promouvoir la GIEC est soutenue financièrement par le Plan d’agriculture durable (PAD).

Dans un premier temps, les quinze organismes (insectes et maladies) les plus préjudiciables dans ces deux secteurs de l’horticulture ont été ciblés. Ceux-ci seront l’objet de fiches techniques très exhaustives qui mettront l’emphase sur une connaissance approfondie de chacun des problèmes phytosanitaires. À partir de ces informations, des méthodes de contrôles alternatifs aux pesticides conventionnels et une réflexion sur les seuils de tolérances seront abordées. Deux documents seront aussi produits à propos de la gestion intégrée et des seuils de tolérances dans les productions de pépinière ornementales et de sapins de Noël. Une bonne partie des ressources du projet sera mise sur la diffusion de ces informations auprès des producteurs. Des capsules seront produites pour chacune des fiches et elles seront diffusées entre autres sur les sites internet de Québec Vert et de l’IQDHO. Des ateliers mobiles qui se tiendront chez les producteurs sillonneront le Québec durant les étés 2023 et 2024 pour présenter et discuter des organismes problématiques. Enfin, des conférences seront données à l’Expo Québec Vert et au Colloque de l’IQDHO en 2022, 2023 et 2024.